Depuis le 1er juillet 2026, les aidants proches reconnus bénéficient d'un congé deux fois plus long, plus souple à organiser et toujours indemnisé par l'ONEM. La reconnaissance, elle, vaut désormais deux ans et n'est plus perdue lorsque le proche séjourne ponctuellement en structure d'accueil. Durées, montants, démarches : voici ce qui change pour les familles.
Ils accompagnent un parent âgé, un conjoint malade ou un enfant en situation de handicap, souvent en plus de leur travail. En Belgique, des centaines de milliers de personnes apportent ainsi une aide régulière à un proche, mais seule une petite partie d'entre elles bénéficie d'une reconnaissance officielle. Depuis le 1er juillet 2026, une nouvelle loi améliore sensiblement leur situation : le congé d'aidant proche est doublé, il peut être pris de façon plus souple, et le statut lui-même devient plus simple à conserver.
Cette réforme, issue de la loi du 22 mars 2026 portant diverses mesures en faveur des aidants proches, répond à une demande ancienne des familles. Beaucoup jugeaient le congé trop court pour faire face à une perte d'autonomie qui s'installe dans la durée, ou à l'organisation d'une entrée en maison de repos. Voici ce qui change concrètement, et ce qu'il faut savoir pour en profiter.
En Belgique, l'aidant proche est une personne qui apporte une aide régulière et gratuite à quelqu'un en situation de dépendance, en raison de son âge, de son état de santé ou d'un handicap. Il n'est pas nécessaire d'être de la famille : un voisin ou un ami proche peut aussi être reconnu, dès lors qu'il existe une relation de confiance ou de proximité avec la personne aidée.
La reconnaissance se demande auprès de sa mutualité, au moyen d'une déclaration sur l'honneur. Il en existe deux formes. La reconnaissance « générale » officialise le rôle de l'aidant, sans droits particuliers. La reconnaissance « avec droits sociaux », plus exigeante, ouvre notamment l'accès au congé d'aidant proche. Pour l'obtenir, l'aidant doit consacrer au moins 50 heures par mois (ou 600 heures par an) à son proche, en lien avec au moins un professionnel de l'aide ou des soins, et la dépendance de la personne aidée doit être établie.
Cette distinction explique pourquoi beaucoup d'aidants ignorent leurs droits : seule la reconnaissance avec droits sociaux donne accès au congé d'aidant proche, principal volet de la réforme entrée en vigueur cet été.
Le congé d'aidant proche permet à un travailleur salarié reconnu de suspendre ou de réduire temporairement son activité pour s'occuper de son proche. Pendant cette période, il ne perçoit plus son salaire habituel, mais l'ONEM (Office national de l'emploi) lui verse des allocations d'interruption. Son contrat de travail est maintenu.
Jusqu'au 30 juin 2026, ce congé était limité à trois mois de suspension complète par personne aidée, ou à six mois en cas de réduction du temps de travail. Depuis le 1er juillet, ces durées ont nettement augmenté. L'aidant peut désormais interrompre totalement son travail pendant six mois, passer à mi-temps pendant douze mois, ou réduire son temps de travail d'un cinquième pendant trente mois pour la même personne.
Une limite demeure toutefois sur l'ensemble de la carrière : le total des congés d'aidant proche ne peut dépasser l'équivalent de six mois de suspension complète, quel que soit le nombre de proches aidés. Les différentes formes de congé se convertissent entre elles. Un aidant qui a déjà pris trois mois d'interruption complète pourra par exemple encore demander l'équivalent de six mois à mi-temps ou de quinze mois à 4/5e temps.
Pour les familles confrontées à une perte d'autonomie progressive, c'est un vrai changement. Trente mois à 4/5e temps laissent par exemple le temps d'accompagner un parent à domicile, puis de préparer sereinement son entrée en maison de repos.
C'est souvent la première question que se posent les familles. L'allocation versée par l'ONEM est forfaitaire : elle ne dépend pas du salaire de l'aidant, mais uniquement de la forme de congé choisie. Son montant est identique à celui des autres congés thématiques, comme le congé pour assistance médicale ou le congé parental.
Pour un travailleur du secteur privé occupé à temps plein, les montants mensuels en vigueur depuis le 1er septembre 2026 sont les suivants.
|
Forme de congé |
Montant brut par mois |
Montant net par mois |
|---|---|---|
|
Interruption complète |
1 080,08 € |
970,67 € |
|
Réduction à mi-temps |
540,03 € |
447,42 € |
|
Réduction d'1/5e (4/5e temps) |
183,20 € |
151,79 € |
Ces montants sont indexés régulièrement et peuvent donc évoluer. Le montant net tient compte du précompte professionnel retenu par l'ONEM, mais pas de l'impôt définitif. Un montant majoré existe pour le parent isolé qui s'occupe de son propre enfant, sous certaines conditions. Dans le secteur public, les montants sont différents. Le simulateur Break@work de l'ONEM permet de calculer son allocation exacte.
En pratique, l'allocation ne remplace donc pas un salaire complet. Certains employeurs versent un complément, et d'autres aides peuvent s'y ajouter selon la région ou la commune. Les indépendants, de leur côté, ne passent pas par l'ONEM. Ceux qui interrompent leur activité pour s'occuper d'un proche gravement malade, en soins palliatifs ou d'un enfant handicapé peuvent demander une allocation d'aidant proche à leur caisse d'assurances sociales. Elle s'élève à environ 1 700 euros par mois en cas d'interruption complète, pendant douze mois au maximum sur l'ensemble de la carrière.
L'autre grande nouveauté concerne la manière de prendre ce congé. Jusqu'ici, une interruption complète se prenait au minimum par mois entier, et une réduction à mi-temps par périodes de deux mois. Ces règles restent la base, mais elles peuvent désormais être assouplies avec l'accord de l'employeur.
L'aidant peut ainsi demander une interruption complète par semaines, une formule utile pour accompagner un proche lors d'une hospitalisation, d'un retour à domicile ou d'un séjour de convalescence. Une même demande peut même porter sur plusieurs semaines non consécutives. Le mi-temps, lui, peut être pris par périodes d'un mois. Seule la réduction d'un cinquième ne change pas : elle se prend toujours par périodes de deux mois.
Cette souplesse n'est pas un droit automatique. Sans l'accord de l'employeur, ce sont les durées minimales habituelles qui s'appliquent. Il est donc conseillé d'en parler tôt avec son employeur ou son service des ressources humaines.
La réforme ne touche pas seulement au congé. Elle allège aussi les démarches liées au statut lui-même. La reconnaissance accordée par la mutualité est désormais valable deux ans, au lieu d'un an auparavant. Les aidants n'ont donc plus à renouveler leur demande chaque année, ce qui réduit les risques d'interruption de leurs droits.
Un second changement intéressera particulièrement les familles dont le proche fréquente une structure d'accueil. Jusqu'ici, la reconnaissance prenait fin dès que la personne aidée séjournait en structure résidentielle. Depuis le 1er juillet 2026, l'aidant garde son statut si ce séjour n'est que partiel, c'est-à-dire si son proche quitte la structure au moins un jour par semaine ou au moins trente jours par an.
Concrètement, un parent qui alterne entre son domicile et un court séjour, ou qui passe ses week-ends en famille, ne fait plus perdre son statut à l'aidant. Ces formules intermédiaires, comme le court séjour en maison de repos ou l'accueil de jour, permettent souvent à l'aidant de souffler. Elles ne le privent désormais plus de ses droits. En revanche, un séjour permanent en structure résidentielle continue de mettre fin à la reconnaissance.
Lorsque l'aide à domicile ne suffit plus, ou que l'aidant a besoin de souffler, de nombreuses maisons de repos proposent des courts séjours ou un accueil temporaire qui permettent de préserver ce statut. Pour trouver un établissement près de chez soi et comparer les possibilités d'accueil, vous pouvez consulter notre annuaire des maisons de repos en Belgique.
La première étape reste la reconnaissance comme aidant proche avec droits sociaux, à demander auprès de sa mutualité. Sans elle, aucune demande de congé ne peut aboutir. Une fois reconnu, le travailleur adresse sa demande de congé à son employeur, puis introduit sa demande d'allocations auprès de l'ONEM. Voici comment se déroule concrètement chacune de ces étapes.
La demande de reconnaissance s'introduit auprès de sa propre mutualité, et non de celle de la personne aidée. L'aidant remplit une déclaration sur l'honneur, dont chaque mutualité propose son propre modèle, en ligne ou en agence. Il y décrit l'aide apportée et joint les documents attestant de la dépendance de son proche. Une même personne aidée peut compter au maximum trois aidants reconnus avec droits sociaux. Une fois accordée, la reconnaissance est valable deux ans et doit ensuite être renouvelée.
Muni de cette reconnaissance, le travailleur avertit ensuite son employeur par écrit, au moins sept jours avant le début du congé, sauf si les deux parties conviennent d'un autre délai. Ce courrier est envoyé par recommandé ou remis en main propre contre un accusé de réception signé. Il précise les dates de début et de fin du congé ainsi que la formule choisie (interruption complète, mi-temps ou 4/5e temps), et la reconnaissance de la mutualité y est jointe. Si toutes les conditions sont remplies, l'employeur ne peut ni refuser ni reporter le congé. Le travailleur est par ailleurs protégé contre le licenciement pendant le congé et les trois mois qui suivent, sauf motif grave ou suffisant.
Reste enfin la demande d'allocations à l'ONEM, qui se fait uniquement en ligne via le service Break@work. L'employeur complète d'abord sa partie, puis le travailleur la sienne, en y ajoutant la preuve de sa reconnaissance. La demande peut être introduite jusqu'à six mois avant le début du congé et au plus tard deux mois après. Ce délai est important : au-delà, les allocations ne sont versées qu'à partir de la date de la demande complète, et les premiers mois de congé sont perdus. La décision de l'ONEM arrive ensuite dans l'eBox du travailleur, ou par courrier s'il ne l'a pas activée. Les allocations sont payées par virement chaque mois.
Les nouvelles règles s'appliquent à toutes les demandes de congé introduites auprès de l'employeur depuis le 1er juillet 2026. C'est la date de la demande qui compte, et non celle du début du congé. Les aidants qui avaient déjà pris un congé sous l'ancien régime ne repartent pas de zéro : les périodes déjà demandées sont déduites des nouveaux plafonds. Beaucoup peuvent toutefois bénéficier d'un solde supplémentaire grâce à l'allongement des durées, dans la limite du plafond de carrière.
Le congé d'aidant proche n'est par ailleurs qu'une des aides possibles. Selon la région et la commune, d'autres soutiens existent, comme des primes communales pour aidants proches ou des allocations liées à la perte d'autonomie de la personne aidée. Sa mutualité et le CPAS de sa commune restent les meilleurs interlocuteurs pour faire le point sur l'ensemble de ses droits.
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